Une journée normale.

Une journée normale, banale. Je dois prendre le métro. Je n’aime pas le métro. C’est sombre, ça pue et je n’aime pas les gens qui sont dans ma bulle. Ils m’agressent. Je préfère toujours me diriger à l’une ou l’autre extrémité du métro. La place où il y a le moins de gens. Je n’aime pas les gens. Je les méprise. Ils sont toujours en train de sourire béatement pour aucune raison, toujours en train de regarder leur propre nombril, le nez dans leur journal, les écouteurs bien en place, sans savoir que ces mêmes écouteurs augmenteront le nombre de bactéries qui grouillent dans leurs oreilles de 700 fois au cours de la prochaine heure. Ils sont égocentriques et tellement insignifiants.  Je me fonds dans la masse, je suis anonyme parmi eux. Je ne veux pas qu’on me remarque. Pourquoi devrais-je paraître différente et me faire remarquer ? Ils ne méritent pas de me regarder de toute façon.  La station Berri-UQAM approche. Je dois descendre ici, pour changer de ligne. Je descends, en prenant soin de me faufiler parmi les gens. Je ne veux pas les toucher, je ne veux pas qu’on me touche.  Qui sait ce qu’ils pourraient me transmettre. Ça m’écœure. Je descends les escaliers vers la ligne verte. Direction Angrignon. Lorsque que l’on descend, on arrive approximativement vers le milieu de la ligne. Je me dirige toujours à gauche. Je sais que de ce côté il y a moins de gens. Je marche près des rails. Près du trou. Il y a quelqu’un dans mon chemin au loin. Si je continue, je devrai le contourner. Je continue, les pensées dans mon esprit basculent. Je ne sais pas pourquoi, mais je le pousse. Dans le trou. Il lâche un cri de stupeur. Et me regarde comme si j’étais le démon en personne. Je suis figé. Je sens qu’on me bouscule. Des gens accourent pour l’aider, d’autres pleurent. Au fond de moi, je jubile. Je regarde cette personne si insignifiante avoir peur, trembler. Et c’est grâce à moi. Je m’abreuve de sa peur. J’aime ça. Au loin, on entend le métro qui approche. La terreur dans ses yeux s’agrandit. Mon excitation augmente. J’entends les gens fabuler sur la cause de sa chute. On semble croire à une chute.  Le métro continue d’approcher. Mais le temps semble figé. Des gens continuent de faire tout leur possible pour sortir l’homme du trou. Je ne suis pas croyante, mais je fais une prière, probablement au Diable, pour que cet homme ne s’en sorte pas. Je veux me sentir supérieur. Je veux prouver que les gens sont des moins que rien. Qu’ils ne comprennent pas toute la chance qu’ils ont d’être en vie jour arès jour. Je veux que cet homme se rendre compte de l’insignifiance de sa vie, de tout ce qu’il aurait dû faire mais qu’il n’a pas fait. De tout ce qu’il aurait pu dire, mais qu’il n’a pas dit. Je veux qu’il souffre intérieurement. Ainsi, sa réincarnation sera une personne meilleure. Une personne qui a compris et qui ne gâchera pas son potentiel humain dans des banalités. Le métro arrive, je le vois. Je cligne des yeux un instant. L’homme n’est plus dans le trou. Tout est calme. Je monte dans le wagon, comme tous les matins.

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